Portrait : Le Val du Morakopf

« Les expositions sont nos vitrines et nos Champions sont nos étendards. » Bernard Ketterer

Le Saint-Bernard, une tendre rencontre.

DAALOOK du Val du MORAKOPF : Champion du Monde 2011 à PARIS

DAALOOK du Val du MORAKOPF : Champion du Monde 2011 à PARIS

C’est à la suite d’un face à face avec un Saint-Bernard à l’âge de dix ans, que Bernard Ketterer a déclenché une fascination sans borne pour cette race montagnarde venant du pays helvète.

Les débuts de l’élevage 

Les origines du Saint Bernard remontent au XVIIème siècle ! L’utilité première de cette race fut  la garde. Les moines de l’hospice du col du Grand-Saint-Bernard s’entouraient de ces chiens, dissuadant efficacement les voyageurs animés de mauvaises intentions. Son utilisation a évolué progressivement vers l’accompagnement et le sauvetage des voyageurs et des pèlerins.  L’image de ce grand chien de Montagne, sauvant les hommes de la mort blanche et se promenant  avec son tonnelet est né !

Mais revenons à notre siècle, Bernard Ketterer a grandit et sa passion avec. A 35 ans, en 1987, il adopte un Saint-Bernard mâle abandonné de 7 mois, non LOF, repéré dans un journal d’annonces de la région de Colmar.
Véritable chien de famille, il grandi avec les enfants Ketterer. Seulement, Bernard trouve que son Saint-Bernard s’ennuie. La petite famille se remet à la recherche d’un compagnon toujours via les petites annonces. C’est une petite chienne de 4 mois, de l’élevage du Haut Rabutin, qui rejoint la maisonnée. Tout se passe pour le mieux ! Le bonheur est total… jusqu’au drame ! Bernard nous raconte.

« Un an plus tard, nous avons perdu le mâle à la suite d’une torsion d’estomac. C’était une catastrophe familiale et pour ne plus jamais vivre sans Saint-Bernard, nous avons décidé de les produire nous même…. A l’âge de 2 ans, notre chienne a été confirmée et a pu s’unir à un charmant « garçon » dont nous avions rencontré les propriétaires à une exposition à COLMAR. A l’automne 1992, naissait notre première portée de 8 chiots. Nous avons décidé de garder le plus « beau ». Trouver des familles pour les autres, n’était pas une mince affaire à cette époque où le principal support de communication était le « papier ». A force de persévérance, et de petites annonces gratuites et payantes, nous avons réussi à placer les 7 autres chiots. Nous n’y connaissions pas grand chose et avons juste essayé de procéder avec logique en nous basant sur les conseils lus dans la presse spécialisée et avec l’aide du seul « conseiller » de l’époque : le vétérinaire. Soucieux de faire les choses dans les règles, nous avons pris la peine de faire une demande d’affixe et de déclarer notre activité à la SCC.  VAL du MORAKOPF est né avec notre première portée (H) dans le village viticole de NIEDERMORSCHWIHR dont le blason comporte un  « MORAKOPF » (tête de mauresque) HELIOT était notre premier « Morakopf »
Après cette première aventure, Bernard Ketterer a eu 5 portées en 9 ans. C’est à partir de 2001 que l’élevage passe à la vitesse supérieure grâce à l’investissement dans de nouveaux espaces et structures. Bernard nous précise :

IVY Championne de France 2016

« Nous étions plus expérimentés, mieux conseillés, mieux entourés et déjà tournés vers l’étranger pour chercher du sang neuf, les portées des T des U et des V ont permis au Val du Morakopf de gagner quelques lettres de noblesse. Nos premières Championnes de France  – TESSA en 2004 à Nantes – ULLIAN – VIKI en 2005 à LYON ont donné une formidable impulsion à notre passion commune qui dure depuis plus de 20 ans. »

Pourtant, des difficultés, ils en ont rencontré !

« On sait bien qu’en France, on ne vous pardonne ni l’échec, ni le succès. Voilà l’origine des difficultés pour envisager des échanges positifs avec des éleveurs français des années 2000. Nous nous sommes très vite tournés vers l’Allemagne, la Suisse, l’Autriche et l’Italie. Toutes les options n’ont pas été des réussites, mais nous avons pu introduire une diversité génétique qui profité ensuite à l’élevage français. Juste un exemple : la Nationale d’élevage 2016 regroupait 190 ST Bernard – 40% d’entre eux avaient au moins 1 « MORAKOPF » sur leur Pedigree. » nous explique Bernard.

La pérennité d’un élevage

en-couple-2013

Patricia et Bernard Ketterer

La pérennité d’un élevage, passe avant tout par un objectif, des moyens mais aussi beaucoup de patience ! La famille Ketterer nous explicite ce point :
« Il faut surtout être DEUX à partager cette passion. Les expositions sont nos vitrines et nos Champions sont nos étendards. Notre objectif a toujours été de tendre vers le chien idéal, conforme au standard.
Pour ce faire, nous avons mis en œuvre les moyens suivants :

Matériels tout d’abord avec des  équipements et installations optimisés, une alimentation de bonne qualité, un suivi vétérinaire (depuis 20 ans le même),  un plan de carrière pour chaque chien ayant le potentiel pour accéder à la classe Champion et une communication sans temps morts tous azimuts.

Le facteur humain est d’une grande importance également ! En fédérant des personnes (en France et ailleurs) qui entretiennent un « esprit de clocher » en formant un groupe d’amis solidaires qui prennent plaisir à partager des moments conviviaux grâce et avec leurs chiens.

Les 16 "Val du MORAKOPF" présents à la Nationale d'élevage 2015 à NEUVIC

Les 16 « Val du MORAKOPF » présents à la Nationale d’élevage 2015 à NEUVIC

La présence à l’international permet d’accentuer la notoriété de l’élevage. Géographiquement, l’Alsace est privilégiée pour les échanges européens. Les grandes capitales des pays limitrophes sont à égales distances de Paris et cette proximité nous permet d’être présents dans les plus grandes expositions des 6 ou 7 pays voisins.

Et… Une bonne communication ! Un site internet personnalisé mis à jour très régulièrement et quelques pages sur les réseaux sociaux assurent le Faire Savoir du Savoir Faire ».

Les enjeux d’aujourd’hui et ceux de demain

A ce jour, Bernard est confronté à plusieurs enjeux.

« Les enjeux se situent au niveau de la sélection des reproducteurs. L’élevage de qualité passe par la diversité des courants de sang. Mais l’importation et l’introduction de chiots issus de lignées des pays de l’Est ou des pays du Nord de l’Europe qui sont moins rigoureux sur certains points caractéristiques imposées par le standard FCI N° 61, tire la qualité vers le bas. Le  risque est de compromettre la structure et la fonctionnalité du Saint-Bernard qui était, qui est et qui doit rester un chien de Montagne.

Multi-championne ANKA du Val du Morakopf

Les futurs acquéreurs, de nos jours, recherchent une forme de « garantie » qu’ils vont trouver dans la transparence de ce qui leur est proposé ( Dépistages de la dysplasie, ADN, suivi, etc…) par les images contextuelles visibles (infrastructures, mode de vie communautaire, environnement naturel) et dans la notoriété perceptible par le nombre de chiens de l’élevage figurant dans les palmarès nationaux et internationaux. 1/3 de nos chiots partent à l’étranger.

L’attention apportée à la santé a évolué. Il y a 10 ans,  nous étions les pionniers de cette « transparence » et encourageons tous les propriétaires de nos chiots (mâles ou femelles) ayant des perspectives de reproduction, à suivre cette rigueur.

L’élevage de demain sera celui de nos successeurs et/ou collègues. Nous avons consacré près de 25 ans à la race dont 15 ans de façon intense avec passion et beaucoup de sacrifices (temps,horaires, vacances/ temps libre, etc…) Comme tout le monde, l’âge et notre forme physique fixeront nos limites et on n’élève pas une grande race de la même manière qu’une petite race.

On voit fleurir beaucoup d’élevages ces dernières années, la progression des naissances Saint-Bernard en 2015 le prouve. On voit de tout, certains sont plus éphémères que d’autres. Rares sont les « jeunes » qui viennent vers les « anciens » et aux premières difficultés, c’est la fin de l’aventure. Nous avons essayé de coacher quelques jeunes éleveurs qui ont débuté avec des chiens nés chez nous, mais les ambitions personnelles dépassent très vite l’objectif d’une construction collective. On n’est jamais plus performant qu’en équipe et les « fidèles » qui adhèrent à nos valeurs récolteront les fruits de cette collaboration intelligente.

tessa-2010

Tessa 2010

Plus généralement, une ouverture vers les pays étrangers apportera toujours un plus à condition de garder une rigueur quand à la sélection des lignées importées et/ou du choix des reproducteurs appelés à peupler la France dans le futur.

Un grand merci à Bernard pour avoir répondu à nos questions !

Portrait